Si vous avez déjà eu une coloscopie, une diverticulite ou une poussée de Crohn, on vous a probablement tendu une feuille avec deux colonnes : « autorisé » / « interdit ». Pas de légumes, pas de fruits, pas de pain complet, riz blanc, jambon, pâtes. Trois jours, cinq jours, parfois quinze. Souvent sans explication.
Le problème, c’est que ce régime est prescrit très large, très longtemps, et avec un niveau de preuve qui varie énormément selon la situation. Dans certains cas, il est indispensable. Dans d’autres, on continue à le prescrire par habitude alors que la littérature a bougé. Et dans quelques cas, il fait carrément plus de mal que de bien.
Alors on va faire le tri. Tranquillement, mais sérieusement.
Résumé de l’article
- Le sans résidu est un outil de courte durée pour trois situations : la veille d’une coloscopie, une sténose digestive symptomatique, et quelques jours autour de certaines chirurgies. Éventuellement 24-48 h de confort en diverticulite aiguë.
- Pour la coloscopie, un seul jour suffit et il est mieux toléré que les liquides clairs, pour la même efficacité.
- En diverticulite non compliquée, les restrictions alimentaires prolongées ne servent à rien ; après l’épisode, l’objectif est de manger riche en fibres.
- En MICI, on privilégie la modification de texture en cas de sténose, et une alimentation normale (de type méditerranéen) sinon.
- Un sans résidu sans date de fin est une erreur. Demandez toujours à votre médecin : « jusqu’à quand ? »
1. Définition : qu’est-ce qu’un régime sans résidu ?
Un régime sans résidu est une alimentation qui exclut les résidus. Un « résidu » est par définition tout ce qui arrive dans le côlon sans avoir été digéré ni absorbé dans l’intestin grêle :
- les fibres alimentaires (la grosse majorité du volume),
- les résidus de digestion incomplète (comme des graisses, de l’amidon résistant, des protéines),
- les cellules intestinales desquamées et les bactéries.
Je précise tout ça, parce que finalement « sans résidu » n’est pas exactement synonyme de « sans fibres » (même si on est à 90 % identique). Ce qui distingue les deux, c’est surtout :
- Le lactose : le lait n’a pas de fibres, mais chez un intolérant, il fermente et augmente le volume et la fluidité des selles. D’où son exclusion en « sans résidu strict ».
- Les graisses cuites et certaines viandes grasses, mal tolérées quand le tube est irrité.
- Les stimulants du transit : café, alcool, épices fortes.
Petite anecdote qui m’amuse : l’Academy of Nutrition and Dietetics (le référentiel des diététiciens américains) a retiré le « régime sans résidu » de son manuel de soins nutritionnels il y a une dizaine d’années, précisément parce qu’il n’existe aucune définition scientifique acceptable du mot « résidu » ni de moyen de le mesurer. Ils parlent désormais de « régime pauvre en fibres ». En France, on garde le mot, avec deux niveaux différents :
| Sans résidu strict | Sans résidu élargi (ou pauvre en fibres) | |
|---|---|---|
| Fibres | Quasi zéro | Grosso modo < 10 g/jour |
| Lait / lactose | Exclu | Autorisé selon tolérance |
| Légumes / fruits | Exclus (sauf bouillon filtré) | Cuits, pelés, épépinés, en petite quantité |
| Graisses cuites | Exclues | Modérées |
| Durée raisonnable | 24 à 72 h | Quelques jours à quelques semaines, avec un plan de sortie |
Le strict est un outil de courte durée. L’élargi est une phase de transition. Mais aucun des deux n’est une façon de manger « normale » !
2. Pourquoi ça marche (physiologiquement)
Pour simplifier, les fibres font trois choses dans le côlon :
- Elles retiennent l’eau et gonflent le volume des selles (ce sont des fibres dites « bulking », surtout les insolubles : son, peau des fruits, légumes crus).
- Elles fermentent sous l’action du microbiote, produisant des gaz et des acides gras à chaîne courte (les fibres fermentescibles, dont une bonne partie des FODMAP).
- Elles accélèrent le transit par effet de masse et par stimulation mécanique (on conseille souvent de manger davantage de fibres pour aller faire popo :) )
Quand on retire les fibres, il se passe donc plusieurs choses : moins de volume, moins de gaz, moins de fréquence. Bref, un côlon plus « vide » et un tube moins sollicité mécaniquement. C’est exactement ce qu’on cherche avant une coloscopie, sur une sténose serrée ou après certaines chirurgies spécifiques.
Ce que le régime ne fait pas : il ne « repose » pas l’intestin au sens où il n’a aucun effet anti-inflammatoire direct. Il ne guérit rien. Il diminue les symptômes mécaniques, point. C’est important, parce que dans l’imaginaire de beaucoup, un régime pauvre en résidus soignerait.
Petite précision supplémentaire, il y a un revers : le microbiote colique vit littéralement grâce aux fibres ! On peut donc imaginer que le priver de fibres trop longtemps, ce ne serait pas foufou. Si vous privez votre côlon de fibres plusieurs semaines, vous appauvrissez la production de butyrate, l’acide gras qui nourrit les cellules du côlon et entretient la barrière intestinale. Une revue de 2025 dans Current Gastroenterology Reports résume bien la tendance actuelle : les régimes pauvres en fibres prolongés chez les patients MICI sont associés à davantage de dysbiose, de perméabilité intestinale et d’inflammation muqueuse.
3. Les indications dans 5 cas classiques
3.1 La coloscopie : la seule indication vraiment blindée
C’est là que le sans résidu a le plus de données, et elles sont bonnes. Mais elles ont changé, et pas dans le sens de « plus long ».
Sans résidu vs liquides clairs. Pendant longtemps, la préparation standard c’était 24 h de bouillon et de tisane (qui a connu ça ?). Une méta-analyse de 2021 regroupant 16 essais randomisés a comparé les deux approches : aucune différence sur la qualité de la préparation (OR 1,19, IC 95 % 0,79–1,81), mais une tolérance nettement meilleure avec le sans résidu (OR 1,86) et une volonté de recommencer plus élevée (OR 2,34). Les patients en liquides clairs avaient plus faim, plus de nausées, plus de vomissements. Pour le même résultat au bout du coloscope.
Un jour, trois jours ou cinq jours de régime sans résidu ?
- Une méta-analyse de 2024 (J Gastroenterol Hepatol) comparant 1 jour vs 3 jours conclut que 24 h suffisent, avec une meilleure tolérance.
- Une seconde méta-analyse de septembre 2025 dans BMC Gastroenterology (5 essais, 2 248 patients) confirme : préparation adéquate dans 90,1 % des cas avec 1 jour contre 89,7 % avec plusieurs jours. Zéro différence. En revanche, la tolérance (OR 1,87) et l’acceptabilité (OR 2,91) sont largement en faveur du régime court.
- Et surtout, le consensus 2025 de l’US Multi-Society Task Force on Colorectal Cancer (la référence internationale sur la préparation colique, mise à jour pour la première fois depuis 2014) a tranché : limiter les restrictions alimentaires à la seule veille de l’examen, avec des repas pauvres en résidus le matin et le midi, et une préparation fractionnée (split-dose).
Il y a plein d’exceptions : constipation chronique sévère, mauvaise préparation lors d’un examen précédent, certains traitements ralentissant le transit. Là, on peut allonger un peu. Dans tous les cas, c’est votre gastro-entérologue (et lui seul) qui définit la durée de votre régime sans résidu.
Bonus pour les curieux. Un essai randomisé chinois de 2025 (BMC Gastroenterology, endoscopiste en aveugle) a testé l’ajout de compléments nutritionnels oraux, avec des résultats positifs. Je n’ai pas encore eu le temps de creuser l’essai et ce n’est pas encore dans les reco officielles, donc affaire à suivre :).
3.2 La diverticulite aiguë
La fameuse diverticulite ! Avant, vous aviez le droit à une hospitalisation, des antibios, une diète hydrique puis un sans résidu strict pendant une semaine ! Aujourd’hui, tout ça n’est plus d’actualité.
- Les antibiotiques ne sont plus systématiques dans les formes non compliquées (essais AVOD et DIABOLO, confirmés par l’AGA et l’ESCP).
- Le repos au lit n’est plus systématiquement recommandé, il me semble (je peux me tromper).
- Et pour le régime : une revue systématique avec évaluation GRADE (Dahl et al., 2018) a comparé régime libéral et régime restrictif en phase aiguë non compliquée. Qualité des preuves « très faible » dans les deux sens, mais la conclusion est une recommandation conditionnelle en faveur du régime libéral plutôt que des restrictions, et une recommandation forte pour un régime riche en fibres une fois l’épisode résolu.
- La mise à jour de pratique clinique de l’AGA (2021) dit sobrement qu’une petite étude suggère que le régime liquide n’est pas nécessaire en phase aiguë, mais que beaucoup de patients se sentent mieux avec. Ou dit autrement : c’est du confort, pas de la médecine.
- Un essai multicentrique espagnol, DIVERDIET, teste actuellement la non-infériorité d’un régime totalement libre par rapport au régime progressif classique. Les données de cohortes récentes montrent aussi que reprendre l’alimentation dans les 24 h raccourcit la durée d’hospitalisation. Encore une fois, affaire à suivre (c’est votre gastro qui est à jour).
En pratique, les patients que je reçois ont souvent ces profils : diverticulite non compliquée confirmée au scanner, patient qui a mal → 24-48 h de sans résidu élargi s’il le souhaite, parce qu’un côlon inflammé et un repas de choux de Bruxelles, ce n’est pas agréable. Dès que la douleur baisse, on élargit vite. Et à distance de l’épisode : fibres, fibres, fibres, 25-30 g/jour, parce que c’est ça qui prévient les récidives (données de cohortes, Nurses’ Health Study et Health Professionals Follow-up Study en tête).
Le pire scénario, que je vois régulièrement : un patient qui a fait une diverticulite il y a trois ans et qui mange encore sans résidu « par précaution ». C’est malheureusement très courant (et si vous avez lu plus haut, pas le truc à faire).
3.3 Les MICI (Crohn, RCH)
C’est le domaine où le sans résidu a été le plus prescrit et où les recommandations ont le plus évolué.
Ce que disent les référentiels :
- ESPEN 2023 (guideline européen de nutrition clinique en MICI, 71 recommandations) : il n’y a pas de « régime MICI » à prescrire systématiquement. La seule situation où l’on adapte : les sténoses intestinales symptomatiques, pour lesquelles on recommande une alimentation à texture modifiée (légumes bien cuits sans peau, fruits mixés ou pelés, smoothies) ou une nutrition entérale, plutôt qu’une exclusion pure et simple des fibres.
- Consensus ECCO 2025 sur la prise en charge diététique des MICI : preuves insuffisantes pour recommander un régime pauvre en fibres (ou riche en fibres) contre les symptômes persistants. Une seule recommandation, faible et fondée sur le mécanisme : réduire spécifiquement les fibres « bulking » (insolubles, volumineuses) chez les patients Crohn sténosants avec symptômes obstructifs. Pour les symptômes type intestin irritable en rémission, c’est le low-FODMAP qui est fortement recommandé, pas le sans résidu.
- La revue de 2025 dans Current Gastroenterology Reports que je citais plus haut résume le virage : « de l’exclusion à la modification de texture ». Même en poussée, même avec une stomie, une sténose ou un réservoir iléo-anal, on essaie de maintenir un apport en fibres sous forme molle, cuite, mixée, plutôt que de tout supprimer.
Pourquoi ce virage ? Parce qu’on a compris que les fibres nourrissent la muqueuse via le butyrate, qu’elles maintiennent la diversité du microbiote, et que les patients MICI en régime pauvre en fibres au long cours ont plus de dysbiose et plus de perméabilité intestinale. On soulage un symptôme mécanique en aggravant potentiellement le terrain.
En pratique :
- Poussée modérée sans sténose : pas de sans résidu strict. Éventuellement pauvre en fibres insolubles crues quelques jours si ça soulage, mais on garde compotes, légumes cuits mixés, féculents.
- Sténose symptomatique : là oui, on réduit franchement les fibres volumineuses (peaux, graines, légumes filandreux, champignons, maïs, fruits secs), on mixe, on cuit longtemps. Et on discute nutrition entérale si ça ne suffit pas.
- Rémission : alimentation classique type méditerranéenne.
3.4 Chirurgie digestive et stomies
Là aussi, la logique ERAS (récupération améliorée après chirurgie) a tout changé : réalimentation orale précoce, souvent dès J0-J1, y compris après chirurgie colorectale. Les consensus ESPEN et ECCO renvoient explicitement aux protocoles ERAS pour le périopératoire.
Le sans résidu a un rôle de courte durée :
- Avant : parfois 24-48 h avant une chirurgie colique, surtout si préparation colique associée.
- Après une anastomose colique ou une résection iléale : quelques jours de texture adaptée et pauvre en fibres insolubles, puis élargissement rapide. L’objectif est nutritionnel (il faut cicatriser, donc il faut des protéines et des calories), pas restrictif.
- Iléostomie : ce n’est pas un sans résidu classique. On limite les fibres insolubles volumineuses (risque d’obstruction à la stomie : peaux, champignons, maïs, noix, ananas, agrumes en quartiers) et on mâche énormément, mais on ne supprime pas les fibres, on les adapte. Et on gère surtout l’eau et le sel.
3.5 Les autres indications
- Radiothérapie pelvienne : une entérite radique peut justifier un pauvre en fibres transitoire. Données faibles, mais logique clinique.
- Sténose de toute cause (carcinose, brides, sténose anastomotique) : alimentation liquide ou mixée, pauvre en fibres volumineuses. Là, c’est du bon sens mécanique, pas de la nutrition.
- Gastro-entérite aiguë banale : non. Vraiment non. Réhydratation, alimentation normale selon appétit. Le « riz-carottes-bananes » est un folklore qui n’a jamais rien démontré, et priver un enfant de calories pendant une gastro est contre-productif.
- Syndrome de l’intestin irritable : non. Si on veut agir sur les fibres, on module le type (psyllium en plus, son en moins), on ne supprime pas. Et si on veut un régime d’exclusion, c’est le low-FODMAP, encadré par un diététicien, pas le sans résidu.
Encore une fois, c’est votre gastro-entérologue qui décide, ne faites confiance qu’à lui !
4. En pratique : quoi manger, quoi éviter dans un régime sans résidu
Pour les rares situations où c’est indiqué : le strict (24-72 h max, typiquement la veille d’une coloscopie) et l’élargi (quelques jours à quelques semaines, sténose, post-op).
Aliments autorisés
| Famille | Strict | Élargi |
|---|---|---|
| Féculents | Riz blanc, pâtes blanches, semoule fine, pain blanc rassis ou grillé, biscottes, pommes de terre pelées en purée | Idem + pain blanc frais, tapioca, polenta |
| Protéines | Viandes maigres (poulet, dinde, veau, bœuf maigre) grillées ou bouillies, poissons maigres, jambon blanc dégraissé, œufs (coque, mollet, poché) | Idem + poissons gras, œufs au plat, viandes rouges tendres |
| Laitages | Fromages à pâte pressée cuite (gruyère, comté, emmental) en petite quantité, aucun lait | Yaourts nature, fromage blanc, lait selon tolérance |
| Légumes | Bouillon de légumes filtré uniquement | Carottes, courgettes pelées et épépinées, haricots verts extra-fins, fond d’artichaut, betterave : tous bien cuits, en purée ou mixés |
| Fruits | Jus filtré sans pulpe, gelée de fruits | Compote sans peau, banane bien mûre, pêche/poire au sirop, fruits cuits pelés |
| Matières grasses | Beurre cru, huile crue, en petite quantité | Idem + un peu de crème |
| Sucres | Sucre, miel, gelée, sirop | Idem + biscuits secs simples |
| Boissons | Eau, tisane, thé léger, bouillon | Idem + café léger selon tolérance |
Aliments à éviter
- Toutes les céréales complètes : pain complet, aux céréales, aux graines, riz complet, pâtes complètes, son, muesli, flocons d’avoine.
- Légumineuses : lentilles, pois chiches, haricots secs, fèves.
- Légumes crus, salades, crudités. Et cuits : choux (tous), poireaux, oignons, ail, champignons, maïs, petits pois, épinards en branches, céleri, poivrons.
- Fruits crus avec peau ou pépins, fruits rouges, agrumes en quartiers, fruits secs, oléagineux (amandes, noix, noisettes), graines (chia, lin, sésame, pavot).
- Viandes filandreuses ou grasses, charcuteries (sauf jambon blanc), plats en sauce, fritures.
- Fromages fermentés à pâte molle ou persillés (strict).
- Épices fortes, alcool, boissons gazeuses, café fort.
- Les pièges que je vois tout le temps : le jus d’orange « avec pulpe », le pain « de campagne » (souvent semi-complet), la confiture avec morceaux ou pépins (framboise, figue, fraise), le chocolat aux noisettes, les biscuits « riches en fibres », la purée avec la peau, et « je n’ai mangé qu’une petite salade ».
Les 4 gestes qui changent tout
- Peler et épépiner. Une grande partie des fibres insolubles est dans la peau et les pépins, donc il faut les enlever.
- Cuire longtemps. La cuisson ne supprime pas les fibres mais les ramollit et les rend nettement plus tolérables, mieux vaut trop de cuisson que pas assez.
- Mixer. Un légume mixé passe une sténose que le même légume en morceaux bloquera. C’est tout l’esprit du virage « texture » des recommandations MICI.
- Fractionner. Cinq petits repas plutôt que trois gros, surtout après chirurgie ou en cas de sténose.
Exemple de journée « strict » (veille de coloscopie, protocole fractionné)
- Petit-déjeuner : thé léger, biscottes avec beurre et gelée, œuf à la coque.
- Déjeuner : blanc de poulet grillé, riz blanc, morceau de comté, gelée de coings.
- Après-midi : jus de pomme filtré, bouillon.
- Soir : liquides clairs uniquement à partir de l’heure indiquée par votre centre, puis première moitié de la préparation.
Notez le volume : ce n’est pas un jeûne. Un patient qui arrive affamé et déshydraté tolère mal la préparation. Un patient qui a mangé du riz et du poulet à midi la tolère mieux, et son côlon est tout aussi propre.
Exemple de journée « élargi » (sténose, post-op)
- Matin : yaourt nature, pain blanc grillé, beurre, compote.
- Collation : banane bien mûre, ou complément nutritionnel oral si l’appétit manque.
- Midi : poisson vapeur, purée de carottes-pommes de terre, fromage blanc.
- Goûter : biscuits secs, thé.
- Soir : omelette, semoule fine, courgettes pelées mixées, poire au sirop.
5. Combien de temps, et comment en sortir
C’est la partie que les feuilles A4 oublient systématiquement. Tout régime restrictif sans date de fin est une erreur de prescription.
- Coloscopie : la veille. Le lendemain, vous mangez normalement. Oui, dès le lendemain.
- Diverticulite non compliquée : 24-72 h si besoin, puis élargissement progressif sur une semaine, puis objectif riche en fibres.
- Post-opératoire : selon le chirurgien, mais l’ordre de grandeur est de quelques jours à deux semaines, jamais des mois.
- Sténose symptomatique : aussi longtemps que la sténose est symptomatique, ce qui veut dire qu’on traite la sténose (médicalement, endoscopiquement ou chirurgicalement) plutôt que de laisser le patient au riz blanc à vie.
Réintroduction, en trois étapes espacées de 2-4 jours :
- Légumes cuits pelés en morceaux (carottes, courgettes, haricots verts), fruits cuits ou très mûrs, yaourts.
- Fruits crus pelés, pain semi-complet, salades tendres (jeunes pousses, laitue sans côtes), légumineuses bien cuites en petite quantité.
- Légumes crus, céréales complètes, fruits avec peau, oléagineux, choux et légumineuses en quantité normale.
Augmentez l’eau en même temps que les fibres, sinon vous troquez la diarrhée contre la constipation.
6. Les risques d’un sans résidu qui traîne
Trois jours, aucun risque. Trois semaines, on commence à discuter. Trois mois, ça commence à devenir un problème.
- Constipation paradoxale. C’est le classique : le patient prolonge « pour se protéger », les selles deviennent dures et rares, il pousse, et il aggrave exactement ce qu’il voulait éviter (hémorroïdes, fissure, voire pression sur des diverticules).
- Carences : vitamine C, folates, magnésium, potassium, vitamine K, et surtout un apport calorique et protéique qui s’effondre parce que le régime est monotone et peu appétissant. Chez un patient MICI déjà dénutri (ESPEN rappelle que la dénutrition est très fréquente en MICI, surtout dans le Crohn), c’est la double peine.
- Microbiote : baisse de la diversité, chute des producteurs de butyrate, augmentation de la perméabilité. Les données sont encore surtout mécanistiques et observationnelles, mais elles vont toutes dans le même sens.
- Rapport à la nourriture : la peur de manger s’installe vite chez les patients digestifs chroniques. Un régime restrictif ouvert et sans plan de sortie alimente cette peur. On parle de plus en plus d’ARFID (trouble de l’alimentation évitante/restrictive) chez les patients MICI et SII, et le sans résidu prolongé y contribue.
7. Les idées reçues (rangez-les au placard)
« Le sans résidu met l’intestin au repos et l’aide à guérir. » Non. Il réduit le volume et la stimulation mécanique. Il n’a aucun effet anti-inflammatoire. Ce qui aide l’intestin à guérir, c’est le traitement de la cause et un bon apport en protéines et en calories. Retenez que sans résidu = effet mécanique.
« Plus c’est long avant la coloscopie, plus c’est propre. » Plutôt faux, c’est d’ailleurs démontré par deux méta-analyses et un consensus international. En gros, 1 jour = 3 jours pour la propreté, mais 1 jour est bien mieux toléré.
« Après une diverticulite, il faut éviter les graines, le maïs, les noix. » Encore une vieille croyance, mais qui n’a jamais été confirmée. Les données de cohorte (Strate et al., JAMA 2008, Health Professionals Follow-up Study) montrent au contraire que la consommation de noix et de pop-corn est associée à moins de diverticulites. Mangez vos noix ;)
« Avec un Crohn, il faut manger sans résidu. » Non, sauf sténose symptomatique, et même là, on adapte la texture plutôt que d’exclure. En rémission, c’est le régime méditerranéen qui est recommandé.
« Le sans résidu, c’est bon pour une gastro. » Non. Réhydratez, mangez selon l’appétit.
« Le régime sans résidu fait maigrir sainement. » Il fait maigrir parce que c’est triste et pauvre en calories. Ça n’a rien de sain, et on reprend tout en le quittant.
Sources
- US Multi-Society Task Force on Colorectal Cancer. Optimizing bowel preparation for colonoscopy: updated consensus recommendations, 2025. Résumé commenté : Cleveland Clinic Journal of Medicine, mars 2026. ccjm.org
- Du J, He X, Li P. Effect of single-day versus multi-day low-residue diet on colonoscopy bowel preparation: a systematic review and meta-analysis. BMC Gastroenterol 2025;25:648. doi.org/10.1186/s12876-025-04261-8
- One-day versus three-day low-residue diet bowel preparation regimens before colonoscopy: a meta-analysis of randomized controlled trials. J Gastroenterol Hepatol 2024. pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/38251810
- A systematic review and meta-analysis of low-residue diet versus clear liquid diet: which is better for bowel preparation before colonoscopy? Gastroenterol Nurs 2021 (16 essais randomisés). pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/34238885
- Shen H et al. Low-residue diet with oral nutritional supplements prior to colonoscopy improves the quality of bowel preparation: an endoscopist-blinded RCT. BMC Gastroenterol 2025;25:166. pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/40075287
- Peery AF et al. AGA Clinical Practice Update on Medical Management of Colonic Diverticulitis: Expert Review. Gastroenterology 2021. gastrojournal.org
- Dahl C et al. Evidence for dietary fibre modification in the recovery and prevention of reoccurrence of acute, uncomplicated diverticulitis: a systematic literature review. Nutrients 2018. ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC5852713
- Essai DIVERDIET (NCT03496090), régime libre vs progressif en diverticulite aiguë non compliquée. clinicaltrials.gov/study/NCT03496090
- Strate LL et al. Nut, corn, and popcorn consumption and the incidence of diverticular disease. JAMA 2008;300:907-914.
- Bischoff SC et al. ESPEN guideline on Clinical Nutrition in inflammatory bowel disease. Clin Nutr 2023;42:352-379. clinicalnutritionjournal.com
- ECCO. Dietary Management of Inflammatory Bowel Disease: an ECCO Consensus, 2025. ecco-ibd.eu
- The evolving guidelines on fiber intake for patients with IBD: from exclusion to texture modification. Curr Gastroenterol Rep 2025. link.springer.com
- Low-residue and low-fiber diets in gastrointestinal disease management. Adv Nutr 2015 (sur le retrait du terme « low-residue » par l’Academy of Nutrition and Dietetics). sciencedirect.com
Cet article donne une information générale et ne remplacera jamais l’avis de votre médecin, qui connaît votre dossier. Si on vous a prescrit un sans résidu et que vous ne savez pas pourquoi ni jusqu’à quand : posez la question.
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