Mise à jour le 21 juillet 2026
Peut-on manger du surimi enceinte ?
Oui, selon l’ANSES, le surimi peut être consommé pendant la grossesse : c’est un produit cuit et pasteurisé, sans risque de listériose. Mais soyons honnêtes : il n’a pas vraiment d’intérêt. À un moment où les oméga-3 sont précieux pour le cerveau de votre bébé, mieux vaut réserver la place à un vrai poisson, idéalement un poisson gras.
Autrement dit, ma réponse de diététicienne n’est pas « c’est dangereux » (le risque est faible), mais plutôt « c’est dommage ». Le surimi est un poisson blanc maigre ultra-transformé : chaque portion prend la place d’un aliment bien plus utile à vous et à bébé. Je vous explique tout ci-dessous.
Est-ce que je peux manger du surimi enceinte ?
En général, on entend dire qu’il est possible de manger du surimi enceinte car les risques sont faibles. Mais pas inexistants, donc je ne vous le recommande pas. C’est sans aucun doute l’une des questions que mes patientes enceintes me posent le plus souvent ! Pendant la grossesse, il est légitime de s’interroger sur les risques liés à la consommation de certains aliments. Les aliments interdits enceinte sont nombreux, mais le surimi en fait-il partie ?

Surimi et grossesse : ce que dit la science
Soyons justes : la position officielle est plutôt rassurante. Voici les faits, pour que vous décidiez en connaissance de cause.
- C’est un produit cuit et pasteurisé. Le surimi du rayon frais est cuit à 70 °C pendant plus d’1 h 30 dans son emballage hermétique (norme NF V45-068). Cette cuisson élimine la listeria et les parasites : le surimi n’a donc rien à voir avec le poisson cru.
- Il est pauvre en mercure. Il est fabriqué à partir de poisson blanc maigre (colin d’Alaska, merlan), pas de gros prédateur : la question du mercure ne se pose pas comme pour l’espadon ou le thon.
- L’ANSES le considère sans risque bactérien pour la femme enceinte, à condition de respecter la chaîne du froid et la date limite de consommation.
- Nutritionnellement, il reste modeste : environ 10 g de protéines pour 100 g, peu d’oméga-3 (contrairement à un poisson gras), et c’est un produit ultra-transformé. Rappel utile : l’ANSES recommande 2 portions de poisson par semaine, dont une grasse (sardine, maquereau, saumon) — le surimi ne remplace pas ces portions.
Ma nuance de diététicienne : « autorisé » ne veut pas dire « recommandé ». Sur le plan du risque infectieux, l’ANSES a raison, il est faible. Mon vrai problème avec le surimi est ailleurs il est nutritionnel (voir juste en dessous).
Surimi ou vrai poisson ? L’argument qui change tout
Voilà, pour moi, le cœur du sujet. Le vrai souci du surimi enceinte n’est pas le risque (faible), c’est qu’il n’apporte quasiment rien d’intéressant, au moment précis où votre alimentation compte le plus pour le développement de bébé.
Le surimi est fabriqué à partir de poisson blanc maigre (colin d’Alaska) : il est donc très pauvre en oméga-3, et notamment en DHA — l’acide gras qui construit littéralement le cerveau et la rétine du fœtus (le DHA s’y accumule surtout au 3ᵉ trimestre).
Ce que disent l’ANSES et l’EFSA sur les oméga-3 pendant la grossesse
- Une femme enceinte a besoin d’environ 250 mg d’EPA + DHA par jour, PLUS un apport supplémentaire d’environ 200 mg de DHA spécifique à la grossesse.
- La source privilégiée, c’est le poisson gras : 1 à 2 portions par semaine (saumon, sardine, maquereau, hareng).
- Or 50 à 75 % des femmes enceintes en France n’atteignent pas ces apports en DHA. Ce n’est donc vraiment pas le moment de « gâcher » une portion de poisson avec du surimi.
Le raisonnement est tout simple : votre nombre de repas est limité. Chaque fois que vous mangez du surimi (poisson maigre, transformé, salé, sans oméga-3), vous ne mangez pas un vrai poisson (riche en protéines de qualité, en iode, en vitamine D et surtout en DHA). C’est ce que j’appelle le « coût d’opportunité » : le surimi n’est pas dangereux, il est juste… dommage.
Mon conseil : gardez le surimi pour l’après-grossesse, et misez plutôt sur une sardine, un maquereau ou un pavé de saumon bien cuit. Si vous mangez peu de poisson (dégoût, nausées, régime végétarien), parlez à votre médecin ou sage-femme d’un complément de DHA (huile d’algues) : c’est une alternative sûre et utile.
Pourquoi tant de doutes sur le surimi pendant la grossesse ?
Je peux, je ne peux pas ? En fait cet aliment est un paradoxe à lui tout seul. C’est un produit de la mer qui a l’air à la fois cru, et à la fois hyper industriel ! N’importe quelle diétéicienne vous dira que le poisson cru est prohibé, mais là, on parle d’un produit industriel sous vide. Du coup on ne sait plus trop, on doute, on cherche sur internet, et on arrive ici !
Quels risquent sont à craindre lorsque vous consommez du surimi pendant votre grossesse : le cas de la listériose.
Les deux grands risques auxquels on peut s’attendre avec les produits de la mer, ce sont la listeria et la toxoplasmose. Certaines pratiques comme la pasteurisation peuvent s’en prémunir. Mais il ne faut pas oublier que les conditions dans lesquels ces produits ont été manipulés, emballés, peuvent poser problème. La direction générale de la santé avait d’ailleurs interrogé l’ANSES sur les possibles contaminations post pasteurisation.
Si vous êtes au 5eme jour de grossesse, à 1 mois, 5 mois ou 9 mois, la probabilité de transmettre la listériose au fœtus n’est pas la même, et les risques non plus.
Attention, contrairement à ce qu’on pourrait penser, le surimi n’est pas toujours cuit !
Les produits du commerce appelés surimi respectent la norme NF V45-068. Elle assure le consommateur (vous, moi, nous 😊) que les surimis du rayon frais sont cuits à 70°C pendant plus d’1H30, dans l’emballage hermétique destiné à la vente. Alors oui, le surimi du rayon frais est cuit, bien cuit.
Concernant le surimi congelé, la pasteurisation n’est pas obligatoire. La norme NF V45-068 impose un contrôle microbiologique sur des échantillons de produit. Ils ne sont normalement pas destinés aux consommateurs lambda. Ce sont des produits vendus uniquement aux professionnels. Que peut-on alors penser du surimi proposé au restaurant ? Personnellement je choisirai un autre plat.
Surimi cuit, en salade, allaitement… vos questions
Le surimi est-il cuit ?
Oui, le surimi vendu en barquette au rayon frais est bien cuit (70 °C, plus d’1 h 30, sous emballage hermétique). C’est justement ce qui le distingue du poisson cru. La vraie zone grise, c’est le surimi servi au restaurant ou en traiteur, dont on ne connaît ni l’origine ni les conditions de conservation.
Peut-on manger du surimi en salade enceinte ?
C’est le cas qui m’ennuie le plus. Le surimi en lui-même est cuit, mais une fois le paquet ouvert et le surimi mélangé à d’autres ingrédients (salade composée, sandwich, sushi de supermarché), il peut être contaminé et servir de terrain à la multiplication des bactéries, surtout s’il traîne quelques heures à température ambiante. Une salade au surimi préparée maison, consommée tout de suite et bien au frais, est le cas le moins risqué ; les versions préemballées ou de traiteur, je les évite.
De quoi sont composés les surimis ?
Ils doivent contenir au minimum 30 % de chair de poisson ou de céphalopode.
Petit intermède culturel avec la définition du Larousse : Le céphalopode est un mollusque marin carnassier, très évolué, dont la tête est munie d’une couronne de tentacules, tel que le poulpe, la seiche, les ammonites fossiles, le nautile.
Pour les 70% restants, vous pouvez trouver :
- Du poissons, crustacés, mollusques, algues, qui sont mentionnés ou non selon le bon vouloir du fabricant. Du chorizo, lard fumé, fruits, légumes, épices, aromates, alcool.
- Des arômes additifs et colorants, mais pas de dioxyde de titane (le fameux E 171).
- Des liants comme le lait, des farines, des huiles végétales ou des huiles d’animaux aquatiques
- De l’eau, du sucre et du sel.
Mais au fait, pourquoi le surimi est orange ?
La couleur orange est là pour rappeler le crabe ! Mais elle n’a rien de naturel. En général, les fabricants utilisent un colorant naturellement orange : le paprika. D’ailleurs, est-ce que vous achèteriez des surimis tout blancs ?
Peut-on manger du surimi quand on allaite ?
Oui, sans souci particulier. Les précautions liées à la listériose et à la toxoplasmose concernent la grossesse (le risque porte sur le fœtus) : une fois bébé né, elles ne s’appliquent plus. Pendant l’allaitement, le surimi peut donc être consommé en gardant simplement en tête qu’il reste un produit transformé et salé, à ne pas mettre à tous les repas.
Quelle est la meilleure marque de surimi ?
Difficile de faire un choix tant les compositions sont proches, en tout cas pour les quelques marques que j’ai étudié. Si vous voulez vous faire une idée, je vous donne trois exemples, le surimi Fleuri Michon, celui de la marque U, et le surimi Coraya.
Le surimi Fleury Michon :

Ingrédients : chair de poisson 42%, eau, amidons, lait écrémé réhydraté, huile de colza, sucre, sel, arômes naturels, paprika
Repères nutritionnels pour 100 gr :
- 110 kcal / 100 gr
- 4 gr Matières grasses
- 0,4 gr Acides gras saturés
- 2,5 gr Sucres
- 1,6 gr Sel
Le surimi marque U :

Ingrédients : chair de poisson 38%, eau, amidons, lait écrémé réhydraté, huile de colza, sucre, sel, arômes naturels, paprika
Repères nutritionnels pour 100 g :
- 116 kcal
- 4,5 gr Matières grasses
- 0,5 gr Acides gras saturés
- 3 gr Sucres
- 1,8 gr Sel
Le surimi Coraya :

Ingrédients : chair de poisson 38%, eau, fécules blanc d’oeuf réhydraté, huile de colza, sucre, sel, arômes naturels, paprika
Repères nutritionnels pour 100 gr :
- 112 kcal
- 4,6 gr Matières grasses
- 0,3 gr Acides gras saturés
- 3,6 gr Sucres
- 1,5 gr Sel

Un risque pour votre poids ou votre santé si vous êtes enceinte ?
top 3. Comme tout, il ne faut pas en abuser. Si vous en consommez régulièrement, restez vigilante sur les poissons mentionnés dans sa composition mais rassurez-vous, le colin d’Alaska utilisé est un poisson maigre, pauvre en mercure. Et si vous voulez que je fasse ma diététicienne relou : c’est assez salé (autour de 2 g de sel pour 100 g), à surveiller si vous avez tendance à faire de la rétention d’eau ou de la tension. Mais bon, du sel, il en faut, non ?
Conclusion : manger du surimi enceinte, oui ou non ?
L’ANSES dit que oui ; personnellement, je préfère vous en détourner. Non pas parce que c’est « interdit », mais parce que je trouve que ça n’a pas d’intérêt. Trois raisons, dans l’ordre.
Raison n°1, et de loin la plus importante : le surimi n’apporte quasiment rien. C’est un poisson maigre transformé, pauvre en oméga-3, alors que votre bébé a justement besoin de DHA pour son cerveau. À la place, un vrai poisson (surtout gras) est infiniment plus utile. Pourquoi choisir le pâle imitateur quand on peut avoir l’original ?
Raison n°2 : des produits rappelés pour cause de listériose, ça existe ! Certains produits craignent moins que d’autres ; les produits à base de poisson sont dans la catégorie « ça craint ». Et le surimi offre un terrain très favorable à la multiplication des bactéries une fois le paquet ouvert (salades, sandwiches).
Raison n°3 : la grossesse ne dure que quelques mois. Je sais que ce n’est pas facile de s’interdire des aliments (j’ai moi-même déjà été enceinte), mais quelques mois, ça se fait. Vous vous rattraperez avec une overdose de surimi après l’accouchement !
Sources :
- AFNOR (2002) NF V 45-068 (décembre 2002). Poissons transformés. Produits préparés à partir de chair de poissons ou de surimi.
- Afssa (2009) Avis sur l’augmentation des cas de listériose et le lien éventuel avec l’évolution des modes de production, de préparation et de consommation des aliments.
- Roussel S, Leclercq A, J. S, et al. (2012) Surveillance des Listeria monocytogenes dans les aliments. BEH 9 mai 2012 41-45.
- Sources de l’article, complétées par des références officielles à jour (consultées en 2026) :
- Sources d’origine : AFNOR (2002), NF V45-068 – Poissons transformés, produits préparés à partir de chair de poissons ou de surimi. Afssa/ANSES (2009), Avis sur l’augmentation des cas de listériose. Roussel S., Leclercq A. et al. (2012), Surveillance des Listeria monocytogenes dans les aliments, BEH.
- ANSES – Acides gras oméga-3 (EPA, DHA) : références nutritionnelles et grossesse — https://www.anses.fr/fr/content/les-lipides
- ANSES – Consommation de poissons et exposition au méthylmercure / repères pendant la grossesse — https://www.anses.fr/fr/content/consommation-de-poissons-et-exposition-au-methylmercure
- ANSES – Table de composition nutritionnelle Ciqual (surimi) — https://ciqual.anses.fr
- Santé publique France – Les 1000 premiers jours : précautions alimentaires pendant la grossesse (listériose, toxoplasmose) — https://www.1000-premiers-jours.fr/fr/les-precautions-alimentaires-pendant-la-grossesse
Cet article reflète l’avis de précaution d’une diététicienne et ne remplace pas les conseils de votre médecin ou sage-femme, qui connaissent votre situation.